Voici en exclusivité une petite interview de Stephan et Magali Beauregard pour le portail francophone de la cryonie (PFC). C’est la suite de l’interview dont la première partie a été publiée dans cet article. Nous allons aborder ici la technique de la vitrification.
PFC : On entend souvent dire que la réanimation des corps ainsi préservés avec la technologie actuelle sera impossible à cause de la formation de cristaux de glace qui déchirent littéralement les parois des cellules et provoqueraient ainsi des dégâts irréversibles. Est-ce que cela te préoccupe ?
SB : La vitrification est un processus par lequel un liquide se solidifie sans formation de cristaux. Cette technique de cryopréservation consiste à exposer pour de courtes et longues durées des embryons ou des humains préservés à des concentrations élevées en cryoprotecteurs puis de les refroidir ultra-rapidement, ce qui induit une augmentation de la viscosité favorisant la formation d’un état vitreux intra et extra-cellulaire. Malgré l’obtention de taux de survie et de grossesse respectivement de l’ordre de 80 et 30 % accompagnés de la naissance d’enfants en parfaite santé, après vitrification de zygotes, d’embryons segmentés, de morulae et de blastocystes, une appréhension subsiste quant à son application dans les centres d’Assistance médicale à la procréation en France.
PFC : Peux-tu nous parler un peu plus de la vitrification, c’est la solution miracle alors ?
SB :Comme le nom l’indique, la vitrification permet aux systèmes d’être préservés dans un état vitrifié ou vitreux (solide non cristallin), ce qui élimine la rupture structurale causée par les cristaux de glace. Des études qui ont toujours cours en 2011, montrent avec la transmission et le balayage de la microscopie électronique que l’ultrastructure des cerveaux des lapins est bien préservée avec l’utilisation des méthodes actuelles des préparations céphaliques complètes de vitrification et de réchauffement . L’extension de techniques similaires sur des humains cliniquement morts chez une des Société de Cryonie indique, si on se base sur une inspection visuelle et sur d’autres observations, que le cerveau humain peut, en effet, être vitrifié même après une période prolongée de mort clinique. De plus, des études récentes (Y. Pichugin et al. ) ont démontré qu’il n’y a pas que l’ultrastructure mais aussi la viabilité des tranches de l’ hippocampe de rats qui peuvent être préservées par la vitrification. Aussi, des reins de lapins transplantés après avoir été perfusés avec des solutions avancées de vitrification ont supporté la vie avec peu de lésions (G.M. Fahy). Ces observations combinées au fait que les synapses humains sont assez robustes pour survivre après avoir été congelés et réchauffés donnent assez de crédibilité aux propositions qui disent que les informations essentielles que contient le cerveau humain peuvent maintenant être gardées intactes pendant le processus d’atteinte de la basse température et de la stabilisation de la température. Pour implanter le temps de voyage médical, le processus de préservation doit être appliqué après que la déclaration légale de la mort soit faite. Cependant, la mort légale est normalement prononcée après que le cœur ait cessé de battre et que la respiration ait cessée. Même si une brève période d’ischémie cérébrale est nécessaire pour permettre la déclaration légale de la mort, il ne s’agit pas d’un obstacle selon les récentes observations. En effet, il est possible de ressusciter complètement des chiens après 16 minutes d’arrêt cardiaque à la température normale, sans aucun déficit neurologique durable. De plus, il a été démontré il y a plusieurs années que les dommages causés par une ischémie cérébrale complète à température normale de 60 minutes chez un chat pouvaient être réparés en utilisant des méthodes simples, ayant comme résultat la survie du chat qui avait conservé sa locomotion, sa propriété de se laver, ses ronronnements et la reconnaissance du personnel de laboratoire. Les méthodes modernes de support cardiorespiratoires peuvent être appliquées très rapidement après la mort légale (clinique) et permettent de façon non équivoque de maintenir la viabilité biologique du cerveau et du corps pour des périodes prolongées jusqu’à ce que la cryopréservation soit initiée. Pour cela, l’application des méthodes avancées de vitrification sur les humains après la mort légale, ne sont pas invalidées par les lésions ischémiques à température normale. Au delà des embryons, la revue New Scientist annonça, dans un article de Michael Bay du numéro du 28 septembre 1996, ceci : « Une équipe de l’Université de Pretoria en Afrique du Sud a réussi, ce mois-ci, à faire battre à nouveau le cœur d’un rat qui avait, préalablement, été congelé à environ -196°C. [...] Quand il fut dégelé, le cœur se remit à battre normalement et ne montra aucun signe de bris cellulaire au microscope électronique. »
PFC : Mais pourquoi trouve -on encore des publications et des scientifiques qui affirment que la cryogénisation est irréversible ?
SB :Les nouvelles concernant la cryogénisation incluent souvent des déclarations de scientifiques qui affirment que les dommages causés par la glace sont irréversibles. Malheureusement, dans presque tous les cas, ces scientifiques ne sont pas cryobiologistes. Par conséquent, ils ne sont pas assez informés ou qualifiés pour donner une opinion sur les dommages inévitables causés par la glace sur les tissus du cerveau. Aujourd’hui, le glycérol est utilisé de façon routinière afin de protéger les échantillons de sperme et les embryons humains très petits avant d’immerger les cellules dans l’azote liquide. Non seulement les embryons survivent à cette procédure, mais plusieurs on été réchauffés, implantés et on maturés comme des êtres humains normaux, en parfaite santé. Ces gens (certains sont maintenant dans la vingtaine) démontrent que la vie humaine peut revenir après des semaines, des mois ou des années en stase à une température très basse. Donc le protecteur n’est pas si nocif que ca, si il est utilisé correctement. Le glycérol est toxique lorsqu’il est utilisé en forte concentration et ne peut fournir une protection suffisante pour garantir 100 % de survie.
Alors que les solutions de vitrification n’ont toujours pas reçues de certification pour être utilisées sur des patients vivants, certaines Société en Cryonie les utilisent pour préserver le cerveau humain parce qu’elles causent beaucoup moins de toxicité que les autres méthodes de préservation morphologique, comme la fixation chimique. Les micrographes électroniques préliminaires indiquent une excellente préservation de l’ultrastructure des échantillons de cerveaux provenant d’animaux. Les dommages causés par la glace ne sont plus obligatoires, en autant que le système vasculaire du patient est suffisamment robuste et n’est pas obstrué pour permettre la perfusion de cryoprotecteurs.
PFC : Oui la technique est en constante évolution, mais qu’en est-il alors des patients qui ont été cryogénisés par le passé ?
SB :Plusieurs patients en cryogénisation ont été préservés avant que la vitrification ne soit possible. Je serais tenté de penser que leurs chances de revenir seront plus faibles. Leur cerveau n’a été protégé que par une solution de glycérol qui ne prévenait pas assez les lésions. Certains suggèrent que certaines Société en Cryonie sont peut-être en train de perdre leurs temps et gaspiller leurs ressources en préservant des gens qui ont été soumis à de tels dommages. Ceci n’est pas nécessairement vrai. Le lauréat du prix Nobel, Richard Feynman avait prédit en 1959 que les appareils électroniques pourraient être miniaturisés de la grosseur d’une molécule. Il faisait remarquer qu’il n’y a aucune loi physique qui nous empêche de faire bouger des atomes individuels qui pourraient être assemblées pour créer des « machines moléculaires ». Eric Drexler, informaticien, suggérait que ce principe pourrait s’appliquer une toute nouvelle science qu’il a appelé « nanotechnologie moléculaire », ce qui veut dire qu’elle fonctionnerait à l’échelle d’un nanomètre – un milliardième de mètre. Drexler a théoriquement prouvé qu’une machine moléculaire de la taille d’une bactérie pourrait contenir à son bord une puissance informatique équivalente à une puce de microprocesseur de taille modeste. La machine pourrait faire des copies d’elle-même ou être programmée pour effectuer des tâches de la même façon que les robots industriels sont programmés aujourd’hui. Il suggérait même que des milliards de machines moléculaires pourraient envahir le corps du patient cryogénisé et effectuer les réparations sur chaque cellule. Donc, la nanotechnologie offre de l’espoir en ce qui concerne la réparation des dommages causés par la glace. Ceci est hautement du domaine de l’hypothèse et nous n’attendons pas la nanotechnologie sophistiquée dans un futur rapproché. Ceux qui opte pour la Cryonie ne sont pas pressés. À la température de l’azote liquide, ils restent inchangés même si les années passent. L’objectif des Sociétés de Cryonie est d’améliorer le processus de cryopréservation à un tel point que les dommages seront tellement mineurs qu’une personne pourra être ressuscitée sans qu’il y ait besoin de réparation par une technologie qui n’a pas encore été inventée. Entre temps, ses Sociétés de Cryonie offre la meilleure protection qu`ils ont parce que c’est la seule alternative au décès permanent.
Mais bon, en résumé ; Les systèmes biologiques peuvent rester inchangés pendant plusieurs centaines d’années. Les progrès rapides de la science et de la technique devraient mener à la capacité de rétablir tous dommages biologiques qui ne sont pas irréversibles selon les lois de la physique. Pour cela, plusieurs scientifiques sont à examiner la situation des gens qui sont en phase terminale pour savoir s’ils pourraient être assez bien préservés pour qu’une éventuelle guérison soit compatible avec les lois de la physique. L’ultrastructure du cerveau peut maintenant être préservée de façon excellente par la vitrification. Les solutions de vitrification peuvent maintenant être distribuées à travers les organes avec une rétention de viabilité des organes après la transplantation. Avec les lois actuelles, le cœur doit être arrêté pour quelques minutes avant que les procédures de cryopréservation puissent être commencées sur patient en phase terminale. Des chats et des chiens ont retrouvé les fonctions de leur cerveau dans un excellent état après 16 à 60 minutes d’ischémie cérébrale complète. Par contre, l’arrêt du temps biologique en attendant que la médecine et la science trouvent la réponse à la sénescence négligeable apparaît compatible avec le savoir médical et scientifique d’aujourd’hui.
PFC : Pour toi, la mort n’est qu’un processus biologique réversible donc ?
SB : Les neurones dépendent de l’apport régulier d’oxygène et de glucose apportés par le flux sanguin. À la température normale du corps, après environ 10 minutes d’arrêt cardiaque, la plupart des neurones ont consommé leurs dernières réserves de carburant et un processus complexe de lésions ischémiques débute. Alors que ce processus n’est pas encore totalement compris, les chercheurs savent que le résultat du support cardiorespiratoire (SCR) a tendance à avoir peu d’effets lorsque qu’il est pratiqué sur des patients qui ont été plus de six à huit minutes sans flux sanguin lorsque le corps est à sa température normale. Ceci change de façon importante lorsque le patient est sous hypothermie (la température du corps est plus basse) après l’arrêt cardiaque. Il existe des cas de ressuscitation médicale qui ont été un succès sur des patients ayant été plus de deux heures sans aucun signe vital, alors qu’ils étaient tombés dans une eau glaciale ou dans la neige au Canada. À partir de l’équation d’Arrhénius, qui date de plus d’un siècle, les scientifiques comprennent que toutes les réactions chimiques se produisent plus lentement à des températures plus basses. Les réactions chimiques dommageables au niveau des cellules ne font pas exception à cette équation.
La médecine de ressuscitation a aussi déterminée que la médication comme les antioxydants et les inhibiteurs calciques peuvent aider à ralentir les lésions post-ischémiques. Les scientifiques tentent à titre de protection et préservation du cerveau en utilisant de la médication, le SCR et le refroidissement externe du corps après l’arrêt cardiaque. Certains chercheurs disent, qu’en autant que l’intégrité du cerveau est protégée, le patient conserve ses chances d’avoir une vie nouvelle dans le futur. Idéalement, dans les quelques minutes qui suivent la déclaration légale de la mort, le patient est immergé dans un bain de glace portable, et recoit une médication afin de minimiser la coagulation sanguine et les lésions post-ischémiques, ils administrent de l’oxygène et apportent un support cardiorespiratoire mécanique afin de forcer la circulation. Ce processus de refroidissement, jumelé au support métabolique, se poursuit sans interruption lorsque le patient est transporté jusqu’à un endroit approprié (souvent à la morgue) où une équipe cathéterise les vaisseaux fémoraux et enlèvent le sang avec une solution similaire à celle utilisée habituellement pour préserver les organes qui servent aux transplantations.
Afin de pouvoir effectuer les procédures initiales, il faut que la mort légale soit prononcée rapidement. Par la suite, l`idéal est que le patient ait une intraveineuse installée pour permettre aux scientifiques d’administrer la médication comme l’héparine et la streptokinase afin de réduire les risques de coagulation sanguine. Ils essaieront d’intuber le patient afin de permettre un apport efficace de l’oxygène. Parce que le patient a été légalement déclaré mort, les procédures faîtes ne sont pas considérées comme étant des procédures médicales, donc ne sont pas sujettes aux règles médicales. Si les politiques de l’hôpital ou autres circonstances empêchent d’appliquer ses procédures post-mortem, le patient sera transporté dans un autre endroit le plus vite possible. Au minimum, l`équipe paramédic souhaiteraient pouvoir injecter l’héparine et administrer le support cardiorespiratoire afin de faire circuler l’héparine à travers tout le corps.
L’interview étant relativement dense, nous avons préféré vous la livrer en 3 articles. Retrouvez la première partie de cette interview qui a été publiée dans cet article. Dans la 3ième partie, nous traiterons des aspects sociaux et psychologiques de la cryonie. N’hésitez pas à nous écrire si vous souhaitez lui poser directement des questions. En attendant, nous vous laissons avec cette interview d’octobre 2009:









